Engrais et immigration

Auteur: Paul Van Mele

Les engrais chimiques ou minéraux ont longtemps été vantés par l'agro-industrie et par les gouvernements comme une nécessité pour nourrir la population mondiale croissante. Soixante ans après le début de la Révolution verte, les dommages causés aux terres agricoles, aux eaux de surface et souterraines, à la biodiversité et aux moyens de subsistance des agriculteurs ont contraint les décideurs politiques en Inde et dans l'Union européenne à freiner la surutilisation des engrais et à encourager une utilisation plus respectueuse de l'environnement.

Mais les engrais ont également affecté l'immigration de diverses manières. L'immigration peut être déclenchée par une répression politique ou des difficultés économiques, souvent aggravées par le changement climatique. Mais les populations rurales du monde entier subissent également une pression accrue en raison de la hausse des coûts des intrants agricoles, tels que les engrais chimiques et les aliments pour animaux. Alors que récemment certains agriculteurs européens ont décidé de migrer vers d'autres pays, le taux élevé de suicides parmi les agriculteurs en Europe et en Inde est choquant.

Malgré ces événements alarmants, la promotion des engrais chimiques en Afrique se poursuit. Comme pour le déversement de pesticides périmés interdits en Europe en raison de leur forte toxicité, l'agro-industrie s'est également tournée vers l'Afrique pour augmenter encore ses bénéfices de la vente d'engrais.

L’un des problèmes est que, depuis trop longtemps, les chercheurs se sont concentrés sur les rendements plutôt que sur les profits des agriculteurs et le développement des sols sains qui peuvent soutenir l’agriculture à long terme. Lors d'une récente conférence virtuelle organisée par la Commission européenne, des chercheurs de l'Institut suisse de recherche sur l'agriculture biologique (FiBL) ont présenté les résultats d'une étude de 12 ans portant sur divers systèmes de culture dans les pays tropicaux.

Le carbone organique du sol était en moyenne de 20 à 50 % plus élevé dans les fermes biologiques que dans les fermes conventionnelles. Alors que les rendements des systèmes biologiques peuvent égaler ou surpasser les systèmes conventionnels, une utilisation appropriée de légumineuses fixatrices d'azote, de fumier organique et de bonnes pratiques agricoles est essentielle pour améliorer la productivité.

La promotion des engrais chimiques par les gouvernements ou les projets de développement a principalement profité aux élites locales et aux agriculteurs plus aisés, ajoutant ainsi aux inégalités sociales. Des variétés de céréales modernes ont été sélectionnées pour leur réponse aux engrais chimiques. Au début de la Révolution verte dans les années 1960, les producteurs de riz, de maïs et de blé qui ont opté pour l'ensemble complet (variétés de cultures modernes à haut rendement, engrais et pesticides) ont d'abord pu augmenter leur rendement. Mais si l'augmentation de la production a entraîné une baisse des prix du marché, les agriculteurs sont également devenus de plus en plus endettés envers les prêteurs et les banques.

Des chercheurs internationaux se sont maintenant tournés vers les racines et les tubercules. La culture des pauvres, le manioc, pourrait produire jusqu’à 50 tonnes par hectare, soit environ quatre à cinq fois le rendement moyen actuel, si des engrais chimiques seraient utilisés. Encore une fois, ce seront principalement les plus gros agriculteurs qui profiteront de leur conquête du marché. Les petits exploitants vont perdre et, avec leurs enfants, se tourner vers d'autres moyens de subsistance.

Les villes d'Afrique sont bondées et offrent peu d'opportunités économiques, il n'est donc pas étonnant que les gens recherchent des horizons plus verts. La migration régionale est une stratégie courante pour survivre. Selon le dernier rapport de l'Organisation internationale pour les migrations (rapport OIM 2020, page 318), la dégradation des terres, l'insécurité foncière et le manque de précipitations sont les principaux facteurs de migration induite par l'environnement pour les personnes originaires de l’Afrique de l'Ouest et du Nord. Le discours européen qui définit la migration comme étant essentiellement « économique » néglige souvent des facteurs clés, tels que le climat et les facteurs environnementaux de la migration.

Mais les dommages environnementaux ne se produisent pas uniquement lorsque des engrais chimiques ou minéraux sont utilisés. Cela se produit également là où les engrais sont produits, mais cela reste souvent caché.

Nauru, une île du Pacifique, était un bon endroit pour vivre lorsqu'elle a obtenu son indépendance de l'Australie en 1968. Cependant, en seulement trois décennies de l'exploitation minière à ciel ouvert, l'île a été dépouillée de son sol, pour obtenir le phosphate naturel (pour l'engrais). Il n'y a plus d'endroit pour faire pousser des cultures. Ironiquement, la population de Nauru est devenue dépendante de la restauration rapide importée de l’Australie. Plus de 70 % des habitants sur l'île de Nauru sont obèses, et le pays a du mal à réinstaller le jardinage et à encourager les jeunes à manger des plantes.

L'exploitation des engrais et la mauvaise gouvernance ont fait de la république la plus petite et autrefois la plus riche du monde la nation dont les dommages à l'environnement sont les plus graves. Nauru n'avait d'autre choix que d'accepter l'offre de l'Australie d'accueillir des demandeurs d'asile évincés, souvent des immigrants d'Indonésie, en échange de l'argent.

Alors que certaines personnes et certains donateurs sont toujours convaincus qu'un modèle agricole industriel de la Révolution verte est la voie à suivre pour l'Afrique, il convient de s'arrêter et d'examiner les conséquences de l'exploitation minière et de l'utilisation d'engrais chimiques (minéraux). Si nous voulons garder les gens sur leurs terres, nous devons soutenir des systèmes alimentaires sains qui nourrissent le sol et le maintiennent en bonne santé et productif.

Lecture complémentaire

Bhullar, G.S., Bautze, D., Adamtey, N., Armengot, L., Cicek, H., Goldmann, E., Riar, A., Rüegg, J., Schneider, M. et Huber, B. (2021) What is the contribution of organic agriculture to sustainable development? A synthesis of twelve years (2007-2019) of the “long-term farming systems comparisons in the tropics (SysCom)”. Frick, Switzerland: Research Institute of Organic Agriculture (FiBL).

LoFaso, Julia (2014) Destroyed by Fertilizer, A Tiny Island Tries to Replant. Modern Farmer. https://modernfarmer.com/2014/03/tiny-island-destroyed-fertilizer-tries-replant/

International Organization for Migration (2020) Migration in West and North Africa and across the Mediterranean. International Organization for Migration, Geneva.

Vidéos connexes d’Access Agriculture

Biofertilisant organique sous forme liquide et solide

Microorganismes utiles pour les plantes et le sol

L’urine humaine comme engrais

Utiliser des buttes en sacs pour cultiver des légumes

Articles connexes d’Agro-Insight

Stuck in the middle

Reviving soils

A revolution for our soil

Gardening against all odds

Encouraging microorganisms that improve the soil

Farming with trees

Out of space

Offbeat urban fertilizer

© Copyright Of fertilizers and immigration

Catégories